Booooonne Fête-ival mamannnnn !!!

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Ce dimanche 25 mai au matin, 10 heures : deux lutins surexcités pénètrent dans ma grasse-mat :

BOOOONNNNE FEEEETE MAAAMAAAANNNNN !!!

Regard collé attendri. Bon, ces deux là on respecté le point fondamental de mon brief « Fête des mères », à savoir que « Le tout premier cadeau de Maman, c’est de la laisser dormir ! »

Fluck ne tient pas en place : « Allez, allez, maman, lève-toi, on a plein de surprises pour toi !!! »

Je m’arrache douloureusement de ma couette moelleuse. Je suis lessivée par la semaine festivalière et professionnelle, comme si on avait martelé soigneusement un à un chaque os de ma carcasse de quadra. Je suis dégommée, massacrée, explosée, comme si le char des Expendables m’était passé dessus (j’ai dit le char).  Je n’aspire qu’à la sérénité de cette journée familiale et cosy qui s’annonce. Ahhhh, oui, on va être bien.

Dans le salon, je trouve disséminés ici et là les témoignages de la créativité (et de l’amour filial ! ) de ma progéniture.

Moi : « OOOOhhhh, une très jolie carafe décorée à la main, OOOOhhhh, un chat de papier mâché habillé jusqu’à la tête et qui a très envie de faire pipi vue la façon dont il lève la queue… OOOOOOhhhh une enveloppe….Tiens. Une enveloppe. Blanche. Etonnant. »

Flick et Fluck (en chœur et en mode surexcitation de l’extrême) : « Allez, allez, regarde dans l’enveloppe »

J’ouvre, toute excitée, et je trouve… Deux places pour la séance de la Palme d’Or, le soir même à 18 heures.

Moi (entre perplexité, stupéfaction et inquiétude) : « Hein ? Mais comment vous avez eu ça ??? »

Flick (super fier) : « En fait ce matin on a envoyé papa faire la queue pour la distribution des places de la Palme d’Or pour les Cannois organisée par la Mairie. Il a eu des places pour demain mais comme on sait que tu travailles le lundi on les a échangées avec les places de sa collègue de travail qui en avait pour ce soir. C’est cool hein ?? Tu vas t’éclater !! »

Mes enfants viennent de m’offrir des places pour aller voir le film turc au titre engageant de Winter Sleep d’une durée de combien déjà ?… Ah…3h 15…

Je cherche fébrilement confirmation dans le Cannes Soleil spécial Festival (on ne sait jamais, sur un malentendu, ça pourrait être 1 h 30… Allez, même 2 heures…) Je feuillette… Ah oui, voilà, page 13…  Ils ont traduit le titre en français (encore plus parlant !) : Sommeil d’hiver : 3 h 15.

C’est ma fête. Je dois donc me préparer, me maquiller, m’habiller et chausser mes fameux talons tortionnaires pour aller voir un film de 3 h 15 qui explique, toujours selon Cannes Soleil, que : « En hiver, la neige recouvre la steppe au fur et à mesure que les rancœurs se ravivent. »

(…)

Non mais c’est ma fête quoi ! J’adore la carafe personnalisée, j’adore le chat qui fait pipi. Ça me va très bien !

Dans un réflexe de survie digne d’un des meilleurs épisodes de Koh Lanta, je tente le tout pour le tout, tout en veillant à ménager la susceptibilité de mes deux loulous :

« Mais que c’est gentiiiiiiil !!! Mes amouuuurs ! Mais vous savez, je suis embêtée, je ne peux pas vous emmener avec moi, il n’y a que deux places et c’est pas vraiment un film pour vous! C’est dommage, j’aurais bien aimé vous emmener au Festival ! Et si je donnais les places à mes potes Chuck et Doinel, ils adorent les films où il se passe des trucs du style : En hiver, la neige recouvre la steppe au fur et à mesure que les rancœurs se ravivent. »

Flick : « Ah mais t’inquiète maman, pendant que tu seras pas là nous aussi on pourra regarder un film dont ils ont parlé à Cannes ! »

Moi (incrédule) : « Ah bon ? Mais quel film ? »

Flick (l’œil qui frise) : « Ben c’est le seul qu’on pouvait télécharger sur l’ordi. Et mon pote Benny m’a dit que j’allais adorer, moi qui kiffe les États-Unis : Ça s’appelle Welcome to New York ! »

(…)

OK. Alors là le Festival, on va dire que c’est fini et bien fini ! Et toi mon p’tit gars, c’est sûr, ça va être ta fête !

 

cadeaux places festi

Arrête ton char, Bruce !

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Dimanche matin sur la Croisette noire de monde. Forcément, les biceps de Rocky, Terminator, Indiana Jones et autres armes fatales bien tankées ça attire la foule.  L’occasion d’une balade dominicale avec Flick et Fluck, histoire de remplacer leur séance Dragons tombée aux oubliettes par la découverte d’autres spécimens, plus tout frais mais tout aussi bestiaux.

Fluck ne lâche pas l’affaire : « N’empêche que j’avais envie de les voir dans leur palais, les Dragons moi, c’est pas cool ! »

Moi (écrasée de culpabilité) : « Ecoute, maman a même fait une pancarte ! Mais ça n’a pas marché ! » (Je repense à  Doinel, qui lui a dégoté des entrées pour le Tommy Lee Jones ! Il était tellement content qu’il criait inlassablement « Fabienne Tabard, Fabienne Tabard !! » Allez comprendre !!!)

 Fluck  (à qui on ne la fait pas): « Mouais. Du coup on regarde les « mossieurs » avec les gros bras sur le char. Mais on peut pas aller leur parler ? »

 Moi  (pédagogue): « Ben non, ils défilent, c’est tout !  C’est pour nous donner envie d’aller voir leur film ! Ils sont super forts, à eux seuls ils battent tout le monde, on les appelle les Expendables »

 Fluck (relou) : « Mais je veux pas aller voir leur film, moi, c’est un truc de garçons, je veux juste leur parler ! »

 Moi (légèrement, mais alors très légèrement agacée) : « Et moi je te dis qu’on ne peut pas leur parler. Mais où tu vas en courant. ATTENDS !!! »

 Fluck (filant plus vite que l’éclair): « Regaaaaarde mamannn, il y en a un à pied ! Tu vois qu’on peut leur parler : MOnsieuuuuuuuuuur ??? Ohé MOnsieurrrr ? Vous jouez dans le film ?????? »

 Le CRS (un vrai !) : « Qu’est ce que tu veux petite ? Pourquoi tu dis ça ? »

 Fluck : « Ben parce que vous avez les bras aussi gros que les « mossieurs » sur le char ! »

 Moi  (écarlate face à l’uniforme, qui ressemble d’ailleurs plus à Bruce qu’à Willis) : « Fluck, excuse-toi auprès de Bruce, du Monsieur !  »

 Le CRS (flatté, gonflant la poitrine) : « Mais non Madame, mais non, pas de souci.  Héhéhé. Non, je ne joue pas dans le film, mais j’aurais pu, hein ! En fait, je suis un vrai policier. Je veille sur la sécurité des gens. Regarde, petite, nous sommes nombreux ! Il y a beaucoup plus de policiers que d’habitude pendant le Festival, c’est parce qu’il y a beaucoup plus de monde à protéger! »

Rapide regard circulaire de Fluck, qui constate la recrudescence d’uniformes autour d’elle :

« Ah mais oui, il y en a plein comme vous !  Ah ben ça compte pas alors, parce que les Expendables, eux, ils sont super forts  et ils ont pas besoin d’être beaucoup pour dégommer tout le monde, c’est maman qui l’a dit! »

 Moi : (…)

 Le CRS (dépité, son rêve hollywoodien en miettes) : « Euh… Bon. Allez Madame, circulez ! »

Y’a pas à dire, ma chérie, s’il y en a une qui mérite sa place sur ce tank, c’est bien toi !

expendables photo

 

Princesse Grasse

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« Allôoooo , Sam ? »

« Vouiiiiii ? »

« J’ai gagné deux places au tirage au sort pour aller voir Grace de Monaco demain à 23 heures !!! Tu viennnnnns ? Allez quoi, viens !»

C’était mardi soir, la veille de l’ouverture, un coup de fil de ma copine Jo. Vous savez, le genre libre comme une chanson de Georges Michaël, toute légère, qui peut là, comme ça, tout de suite, décider d’aller prendre un apéro après le boulot ET de prolonger la soirée. Pas de loulous, par d’Homme, ça se passe juste entre elle et elle.

Rapide calcul. Donc pour y aller, je dois :

1)      M’organiser avec ma mère pour garder Flick et Fluck (L’Homme travaille tous les soirs pendant le Festival. C’est bon pour le développement économique de la ville, moins bon pour la gestion babysitting de mes soirées filles)

2)      Ressortir une robe de soirée

3)      Rentrer dedans sans hurler après le miroir

4)      Trouver les godasses qui vont avec

5)      Rentrer dedans sans hurler de douleur

6)      Ne pas décompter pendant le film le nombre d’heures de sommeil qu’il me restera avant le lever du lendemain pour aller bosser.

Allez, j’me laisse tenter. Après tout, c’est le premier jour du Festival ! J’appelle ma mère, toujours dispo… mais toujours sans permis. Pas grave, je suis mo-ti-vée j’vous dis !

Mercredi, branle-bas de combat ! Petit allez retour pour installer mémé à la maison, petites courses pour remplir convenablement le frigo (« La vérité, ma chérie, on ne va pas leur faire des surgelés à tes petits »). Reste la séance essayage.

Première tentative, ma vieille robe noir, très « Festival de Cannes 1993 ». Argh. Explosion de coutures en vue, allure royalement « Princesse Grasse », verdict de mon pré ado de Flick, sans appel : « Maman, tu vas à une soirée sur la plage Herta ? »

Ok, OK, on se reprend. On s’extirpe de la robe Knacki-vintage et on réfléchit. L’autre là, la rouge (oui, carrément, assortie au tapis de 60 m, à peu près aussi longue et aussi discrète !) achetée mais jamais mise pour le mariage de la copine Val. Ah ben voilààààà.

Regard émerveillé de Fluck : « Ouhahhh, maman, elle est trop belle ta robe !! « »

Moi : (flattée) Merciiii ma chérie !

Elle (prévoyante) : « Tu me la donneras quand tu seras morte ? »

Moi : (….)

Bon, sinon, du côté de Flick ? «Cool maman, on dirait presque que tu es jeune !! »

Re : (…)

Reste ma mère qui débarque dans la chambre : «  Tu vas sortir avec un décolleté pareil ? »

Ouhlaaa, une seule solution, fuir en courant, en considérant que chaque pas sur un talon de douze s’apparente à une séance de torture japonaise.

Entre dans ta voiture, mets tes ballerines pour conduire, arrive au parking Ferrage, enlève tes ballerines et remet les talons tortionnaires. Dernier ravalement raccord maquillage. Tente de faire rentrer ton portable dans ta micropochette…. Ouf, allez, tu y es presque Sam !!

Telle une Amazone je fends la nuit pour rejoindre Jo qui doit m’attendre rue Hoche. Je suis la reine de la rue piétonne (quelle bonne idée de l’avoir piétonnisée, mais que ces gens ont l’air détendus sur ces terrasses, mais qu’ils sont beaux !!). J’avance, tout décolleté en avant, digne, le port altier, quasi-monégasque, snobant la douleur. Je suis libre comme la chanson de Georges Michaël, je suis Grace et pas grasse (oui, bon, un peu quand même !! Quoi un peu plus ???).

Je me poste glamoureusement devant le resto et j’attends.

Et j’attends

Et j’attends encore.

Vingt minutes et autant d’ampoules plus tard, mon tel sonne. « Sam, c’est Jo ! Désolée, j’ai pas pu quitter l’appart, un début de gastro sûrement !! On remet ça dans la semaine ?»

(…)

Bon.

(…)

Je repars, drapée dans ma dignité et ma robe tapis rouge. Je retourne au parking. Aïe. Aïe. Aïeuuuuu. Pffff, même pas mal. J’arrive à la caisse. Arghhh. C’est quoi ce crack ? Ben voilà, plus qu’un talon tortionnaire sur deux. Oh et puis sans les chaussures, ce sera mieux, quitte à nettoyer le sol du parking avec le tapis rouge (j’suis à deux doigts de balancer les godasses à la poubelle).

J’ouvre ma micropochette devant la caisse et je cherche… sans succès le porte-monnaie que j’ai enlevé faute de place (mais c’est quoi ce p*** de bout de tissu, le sac de poupée de ma fille ???).

Je n’ai pas un euro pour payer le parking, pour rentrer chez moi… Ça y est, je vais exploser !

Et soudain… l’illumination ! J’introduis mon ticket dans l’appareil : « Montant à payer : 0 euros »

AHHHHHHHHH, mais ouiiiii, je me souviens, LA PREMIERE HEURE EST GRATUITE DANS LA PLUPART DES PARKINGS DE CANNES  !!!!

Je relève la tête. Je suis à nouveau une Princesse… qui va pouvoir aller se coucher !

Digne, toujours !

Princesse

De l’influence des dragons sur l’humeur pré-festivalière

superwoman Salut, moi c’est Sam (« Samantha » pour les grands soirs et pour ma mère). Bon, ok, on est là pour parler de Festival. Ben vous savez quoi ? À J-5, je peux vous dire qu’il est partout le Festival : dans l’air, dans la rue, dans les médias, sur les murs… et même dans mon salon !

Imaginez une fin d’une journée de boulot magnitude 7 sur l’échelle de Richter. Vous rentrez chez vous en enchaînant sans perdre le rythme, en vrai marathonienne du quotidien, avec une seule idée en tête : ce soir, c’est MA soirée, c’est MON plateau repas devant MA série. Ahhhhh, nous y sommes. Flick et Fluck ont fait leurs devoirs/ont mangé/sont douchés/ sont couchés. L’Homme est allé voir un match chez un copain. Je suis lovée sur mon canap, vidant le peu de temps de cerveau disponible qu’il me reste devant les aventures médico-amoureuses (ou amoureuso-médicales ??) d’une bande de beaux gosses.  Hypnotisée par une déclaration d’amour poignante sur fond d’appendicectomie et de musique sirupeuse, je ne vois pas la petite tête passer la porte à dix minutes de la fin de l’épisode.

dragon

FLUCK : Maman ? Mamannn ? MAAAAMAAAAANN ???

MOI (d’une voix distraite) : Hein ? Quoi ? Oui ma chérie, qu’est-ce que tu veux ?

FLUCK: T’as vu, il y a Dragons 2 au Festival de Cannes ! Tu sais, c’est la suite de Dragon 1, quand le petit garçon vivait dans un village et que tout le monde se battait contre les dragons et que même lui il a réussi à en apprivoiser un et que même…

MOI (la coupant, toujours accrochée à mon appendicectomie) : Oui, OK OK ma chérie, super !

FLUCK : On ira, hein maman, on ira au Palais des Festivals voir Dragons 2 ??

Moi (légèrement agacée, j’ai raté la réponse de l’amoureux transi) : Je ne sais pas ma chérie. Je me suis inscrite au tirage au sort de la Mairie. On verra si on gagne des places. Va te coucher.

FLUCK : Mais mamannn. Maaaamaaaaaaannnn. Tu m’écoutes ? Dis, si on gagne pas ?

MOI : (bon sang, je n’ai pas vu si l’appendicectomie avait réussi !! Zen, j’ai dit que ce soir je resterai zen) : Hein ? Mais j’en sais rien moi, c’est pas grave, on gagnera peut-être des places pour un autre film, on essaiera de les échanger ! Au lit !

FLUCK (dubitative) : Ahhh. Bon. Oui mais maman ? Mamannn ? MAAAAAMAAANNNNN ? Si tu gagnes,  tu gagnes deux places ?

MOI (désormais totalement perdue dans les dialogues entre les blouses blanches. Au bord de l’explosion) : OUI, si je gagne, je gagne deux places, et donc ????

FLUCK (triomphante) : et ben tu vois si tu gagnes deux places ça ira pas non plus parce qu’on peut pas y aller tous seuls avec Flick, hein, il nous en faut trois pour que tu viennes avec nous. Alors, tu vois !! Alors, hein, qu’est-ce que tu dis de ça ??

MOI (hystérique, face au générique de fin qui défile) : J’EN DIS QUE SI TU NE VAS PAS AU LIT TOUT DE SUITE JE VAIS TE MONTRER CE QUE C’EST QU’UN VRAI DRAGON !!!!

Non mais !! Je vais t’en donner du Festival de Cannes, moi, à neuf ans ! Et attention les gosses, hein, faut pas trop chauffer maman !! Qu’est-ce qu’ils repassent déjà à laQuinzaine des réalisateurs ?

Ah oui, Massacre à la tronçonneuse !!!