Le jour où j’ai rencontré deux pros du cinéma (2/2)

spiderAlors que le second week-end du Festival approche, le temps est venu de vous raconter la suite du témoignage d’Emmanuelle Spadacenta et Aurélien Allin, rédacteurs en chef du magazine Cinemateaser. Mais si, souvenez-vous, ces deux charmants journalistes que j’avais rencontré PAR HASARD devant le Palais des festivals !

Emmanuelle et Aurélien ont bien voulu dévoiler pour moi ce à quoi ressemble une journée type de leur périple cannois. Oui, un périple, véritable exercice journalistique qui leur demande énormément de travail, entre visionnage de films et rédactions de critiques en temps réel, média web oblige. « Si on n’avait que le magazine on serait peinard« , me confirme Emmanuelle.

« Levés à 6h, on voit notre premier film au Théâtre Lumière à 8h30, puis on va en salle de presse pour faire la critique. Généralement on prend entre trois-quarts d’heure et une heure par critique« , détaille Emmanuelle.

« Si le film inspire, ça peut être beaucoup moins, jusqu’à une vingtaine de minutes« , renchérit Aurélien, qui connaît Cannes et le Festival depuis tout petit, étant né ici. Une information qu’il m’a permis de vérifier, avec l’aide de l’État civil de la ville

« Après on déjeune très, trop vite, toujours autour du Palais, poursuit Emmanuelle. On repère deux ou trois endroits sympa et on s’y tient pour tout le Festival. Après on assiste à 14h à une autre projection, par exemple de la sélection Un certain regard, puis une autre à 16h, toujours de la sélection officielle ou des sélections parallèles si on a repéré un film qu’on voulait voir, et puis à 18h c’est la projection presse du film projeté le lendemain. »

Résultat : quatre à cinq critiques à écrire par jour, et près de cinquante produites à la fin du Festival. Un rythme effréné et des journées plus que chargées qui représentent malgré tout quelques avantages. « En dix jours, on accumule une somme de travail qu’on lâche pendant toute l’année, explique Emmanuelle. Plusieurs films vus et critiqués ici ne sortiront que bien plus tard, ce qui veut dire qu’on aura en avance tout ce qu’il faut pour le magazine. »

Aurélien avance un exemple : « L’an dernier, avoir vu Inside Llewyn Davis à Cannes nous a permis de faire un dossier dessus le mois de sa sortie, avec couverture et interviews, alors que si on avait attendu la tournée promo de l’équipe du film à Paris, on aurait été hors délai. »

Le travail, c’est très bien, mais bosser autant pendant une courte période laisse des traces. Et quand vient l’heure de « décrocher » et de rentrer à Paris, l’impression de décalage est souvent douloureuse. Exemple avec ce « moment de lose » vécu par nos journalistes quand ils découvrent le palmarès du Festival de Cannes… à Paris, dans leur salon. On imagine que quitter le la Mecque du cinéma, qui plus est dans un contexte ensoleillé et chaleureux (aujourd’hui étant un mauvais exemple, NDLR), pour retourner dans la grisaille parisienne peut avoir quelques reflets frustrants…

Sans compter qu’il faut recharger les batteries, et réapprendre à déguster du cinéma, à petite dose. « Quand on rentre de Cannes on n’a pas vraiment envie de revoir des films, avoue Aurélien. On en a vu beaucoup avant pour être à jour dans les parutions, beaucoup pendant… Après, on regarde la télé », témoigne le Cannois de bon cœur.

« C’est pas du dégoût, mais on en voit trop d’un coup, commente Emmanuelle. On n’est plus apte de juger des films, et ce serait injuste pour ceux qu’on verrait. »

Et pendant le Festival, du coup, ça se gère comment ? « Les conditions sont particulières, la fatigue aidant il arrive qu’on ne trouve pas de juste milieu, estime Aurélien. C’est une critique, un avis pur, qui n’est pourri par rien. Le débat qui pourrait exister ailleurs, avec des amis ou collègues, et qui peut être utile, n’existe pas à Cannes. Il n’y a pas de calcul, pas d’a priori, car on découvre souvent un film sans en avoir rien vu ou su avant. » Pour autant, Aurélien l’affirme : « J’ai écrit mes meilleures critiques ici. »

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L’heure tourne, et vient déjà celle de nous quitter. Mais avant de les laisser regagner leur « calvaire palmé-doré », de remonter quelques marches, je leur demande de me livrer un souvenir du Festival qui les a marqué.

Emmanuelle se souvient, l’an dernier, de l’attitude pendant une interview du réalisateur J. C. Chandor. « Il était très excité parce qu’un orage se préparait. Il allait monter sur un bateau, et il était tout simplement heureux du mauvais temps... » Pas étonnant quand on sait que l’Américain a réalisé l’an dernier All Is Lost, un film qui plongeait un Robert Redford en pleine tempête, et qui aurait bien aimé avoir quelques indications de navigation

Il est également question de météo pour Aurélien, qui se souvient du bienfait qu’avait procuré la projection d’Inside Llewyn Davis sur les journalistes, alors que ceux-ci étaient minés par une pluie incessante. « Il y a eu un changement d’atmosphère dans la salle, en quelques instants. En 2011 avec la projection presse de Drive j’avais ressenti la même émotion. Personne n’en avait rien vu, et il s’était passé vraiment quelque chose devant ce film… »

Des émotions, j’imagine qu’Emmanuelle et Aurélien en ont connu d’autres pendant ces dix jours de Festival. Merci à eux pour leur temps, et pour ces témoignages, qui, je l’espère, vous auront autant intéressés que moi…

 

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