La Guerre des billets (2)

hulk     Cher François Truffaut,

 pardonnez-moi de vous avoir abandonné lors de ma précédente lettre mais le temps est compté aux non-accrédités.  La cohue dans laquelle la foule avait porté Jean-Pierre Léaud en triomphe à l’issue de la projection des « 400 coups » vous semblerait mer plate en comparaison de l’ouragan digne du Magicien d’oz qui emporte les Festivaliers au pied des différentes entrées du Palais.

Mais au moins lorsque l’on fait partie de l’ouragan, il suffit au fond de se laisser porter. Car si l’on est là, c’est que l’on dispose du précieux sésame : une invitation. Il y a les chanceux, ceux qui ont obtenu une place par le tirage au sort organisé par la municipalité et qui permet à 1500 Cannois d’assister à une projection, bien entendu les accrédités, et les autres. Comme moi. « Amour du cinéma ne vaut pas badge » dit un célèbre proverbe que je viens d’inventer mais que, pour des raisons de prestige, je préfère attribuer à Woody Allen un peu plus connu que moi (pour l’instant!).

Entre l’envie de voir tel ou tel film et s’asseoir dans la salle il y a donc ce redoutable obstacle: obtenir le billet. Un défi intellectuel et physique. Intellectuel car il vous faudra convaincre, physique car il faudra réveil à l’aurore et résistance. Niveau horaire, la séance de 8h30 est un bon objectif. Si l’ami de la concierge du fils de quelqu’un qui connaît bien le boulanger de Thierry Fremeaux n’a pu vous donner la place « mais ça a failli », ne vous reste plus qu’à vous lever vers 5h30, prendre un frugal petit déjeuner et traverser la ville, direction le Palais. Vous en profiterez pour constater que si c’est beau une ville la nuit, Cannes l’est aussi dès le petit matin par une propreté sans failles des rues et des lieux publics, grâce au travail méticuleux et efficace de tous les agents. 

Devant le Palais, deux options. Prendre le regard abattu du supporter de l’Olympique Lyonnais après une nième défaite et quémander d’une voix frêle: « Madame, Monsieur, z’auriez  pas une place SVP ». L’étranger qui ne vous comprend pas vous prend pour un rom qui voudrait lui nettoyer les verres de ses lunettes à défaut de pare-brises, le francophone vous comprend mais vous fait sentir que vous n’êtes pas du même monde. Il faut donc passer à la vitesse supérieure: la pancarte.

Ah , la pancarte. Il y a quelques années c’était un carton griffonné,écrit à la main, relativement illisible mais symboliquement compréhensible. L’ordinateur a changé tout ça et désormais ce sont de véritables oeuvres graphiques ou humoristiques à laquelle sont confrontés les heureux accrédités. C’est ainsi que l’autre jour, j’ai croisé Samantha sortant de soirée, talons hauts dans une main, pancarte dans l’autre pour des places pour Dragons 2 où elle n’hésitait pas à menacer: « Attention, sans place, je crache du feu.. » 

Après une attente interminable avec votre pancarte finement intitulée « Qui va à la chasse (au billet), gagne une place » ,vous entrez enfin dans la salle. Vous êtes heureux, tout en haut du balcon, roi du monde. Prêt à voir le Tommy Lee Jones. Sauf que… vous vous êtes trompé de jour et c’est la projection du film serbo-croate de 3h30 sur la pollution dans les terres agricoles qui commence….

Respectueusement vôtre…

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