La Guerre des billets (1)

hulk

Cher François Truffaut,

dans « L’Argent de poche »  que j’évoquais dans ma lettre précédente, vous aviez imaginé cette scène, tout droit sortie de votre enfance, où plusieurs des petits héros entraient systématiquement en fraude dans une salle de cinéma. Un mauvais exemple, on est d’accord. Vous me direz que, pour le cinéma, voir la fin justifie d’être moyen moralement, là encore on sera d’accord.

Mais se battre par tous les trucages ou embrouilles possibles pour entrer dans une salle n’est pas que l’apanage d’enfants ou d’adolescents désargentés. Il faut avoir connu le Festival de Cannes pour appréhender ce que peut être une lutte digne de la plus violente de lutte des classes. Sauf qu’il ne s’agit pas de classes sociales mais de classes « badges » : tu en as un, tu n’en a pas mais tu as une invit, ou tu n’as rien. Dans ce dernier cas, autant le dire tout de suite, on est mal barré…
Fût un temps béni, où élèves du lycée Capron, nous franchissions discrètement les grillages troués (parents inquiets, c’était il y a longtemps !) pour sécher les cours (maman, papa, il y a prescription) et filer dans l’ancien Palais où gravir les marches de l’escalier de service nous permettaient d’accéder au saint des saint : le bureau de presse. Là, Louisette, nous donnait nos entrées. Ainsi avons-nous vu des festivals dans leur quasi-intégralité, du film serbo-croate en noir et blanc à l’événement américain de la compétition, nous forgeant ainsi une âme de cinéphages sans préjugés ni limites.
Autres temps, autres mœurs : aujourd’hui, arriver les mains dans les poches, ne serait-ce qu’à pénétrer de quelques mètres dans le nouveau Palais, est un exploit digne des seuls Expendables évoqués par notre ami Chuck. L’amicale (gloups !) fermeté des sympathiques vigiles est là pour nous le rappeler. Donc, résumons : vous n’avez pas d’accréditation, ni d’invitation MAIS vous voulez voir le nouveau Tommy Lee Jones (ceci est un message subliminal). Plusieurs solutions s’offrent à vous, de la pancarte high-tech à la demande orale, du bluff intégral à la supplique à un adjoint au maire de votre connaissance (ceci est un second message de moins en moins subliminal). Je dois préparer ma pancarte en couleurs aussi je vous donne rendez-vous à ma prochaine lettre pour vous détailler tout ça…

 

Respectueusement vôtre

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