Clap de fin (?)

hulk

 

Cher François Truffaut,

le palmarès, vous le savez, c’est en quelque sorte le 400è et dernier coup du Festival. Et ce 400è coup, il faut bien dire qu’on l’a pris en pleine face, nous laissant quelque peu K.O. Comme vous l’auriez aimé, François, ce jeune Xavier Dolan, transi d’amour pour le cinéma, pour ses comédiens, dont les mots ont touché au plus profond. Oh oui, comme il nous a rappelé quelqu’un! Le jury ne l’a pas détesté, il lui a donné le Prix qui porte son nom, mais il ne l’ a pas assez aimé. Et ne pas aimer suffisamment, c’est mal aimer ..

Et ce Prix du Jury, lui le benjamin, l’a partagé avec le doyen, l’ermite suisse Godard, qui a dit « Adieu au langage » après avoir dit adieu au cinéma depuis longtemps. Ses courtisans, à force de le flatter pour tout et n’importe quoi, lui ont fait oublier qu’il fût un génie. Alors, puisque Dolan n’était pas au rendez-vous de la Palme d’or, nous l’avons espéré pour « Timbuktu » ce très grand film choc si émouvant qui porte en lui, tout comme son scénario, à la fois une idée du cinéma et du monde, une réflexion, un témoignage. Comment oublier la scène où des adolescents jouent au foot  sans ballon, se contentant d’en mimer les gestes parce que le sport est interdit par les Islamistes? Mais c’était compter sans ce curieux jury qui lui préféra le film turc « Winter sleep », 3h20 de conversations en huis-clos entre trois personnages bloqués dans un hôtel.

Il convient néanmoins ici de rappeler à la super-maman Samantha, qui de manière mi-amicale, mi-fourbe a essayé de nous refiler les places gagnées à la sueur du front de son mari et de ses enfants que le sujet  « En hiver la neige recouvre la steppe, tandis que les rancœurs s’avivent »  est le même que celui des « Bronzés fait du ski », dont le film est un remake (très) officieux. Petites précisions pour les Cannois qui vont découvrir la Palme au Palais des Festivals et des Congrès, grâce à la Mairie: se munir de biscuits, et tenter de se placer en bout de rangée, sait-on jamais. Cependant, on n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise, comme dirait Chuck en allant voir  » Massacre à la tronçonneuse: les requins attaquent, le retour »..

Cher François, ce Festival était aussi le dernier en fonction officielle de votre ami Gilles Jacob. Trente-six ans au service de la plus grande manifestation culturelle du monde valait bien le superbe hommage tout en culture, en humour et en amitié que lui a rendu le maire de Cannes, David Lisnard. Car, Cannes a un maire cinéphile, ce qui tombe bien. Et si c’est peut-être  un détail pour certains, pour moi ça veut dire beaucoup.

Je vous l’avais promis, j’ai échoué: impossible de rencontrer Jean-Pierre Léaud. Peut-être est-ce mieux ainsi: à quoi sert une quête si elle se termine? D’ailleurs, j’ai réalisé l’exploit dans ce Festival, de ne rencontrer aucune vedette , pas même petite, pas même de son quartier. Mais j’ai fait mieux: figurez-vous que je connais la véritable identité des quatre autres super-auteurs de ce blog. Mais, les règles d’un bon cliffhanger sont claires: je ne révélerai rien avant la saison 2…

Permettez-moi pour cette dernière (?)  lettre de signer cette fois affectueusement vôtre…

 

P.S : Merci à mes quatre co-auteurs pour leur super-drôlerie, leurs regards, leur finesse. Je les embrasse.

 

 

Booooonne Fête-ival mamannnnn !!!

superwoman

Ce dimanche 25 mai au matin, 10 heures : deux lutins surexcités pénètrent dans ma grasse-mat :

BOOOONNNNE FEEEETE MAAAMAAAANNNNN !!!

Regard collé attendri. Bon, ces deux là on respecté le point fondamental de mon brief « Fête des mères », à savoir que « Le tout premier cadeau de Maman, c’est de la laisser dormir ! »

Fluck ne tient pas en place : « Allez, allez, maman, lève-toi, on a plein de surprises pour toi !!! »

Je m’arrache douloureusement de ma couette moelleuse. Je suis lessivée par la semaine festivalière et professionnelle, comme si on avait martelé soigneusement un à un chaque os de ma carcasse de quadra. Je suis dégommée, massacrée, explosée, comme si le char des Expendables m’était passé dessus (j’ai dit le char).  Je n’aspire qu’à la sérénité de cette journée familiale et cosy qui s’annonce. Ahhhh, oui, on va être bien.

Dans le salon, je trouve disséminés ici et là les témoignages de la créativité (et de l’amour filial ! ) de ma progéniture.

Moi : « OOOOhhhh, une très jolie carafe décorée à la main, OOOOhhhh, un chat de papier mâché habillé jusqu’à la tête et qui a très envie de faire pipi vue la façon dont il lève la queue… OOOOOOhhhh une enveloppe….Tiens. Une enveloppe. Blanche. Etonnant. »

Flick et Fluck (en chœur et en mode surexcitation de l’extrême) : « Allez, allez, regarde dans l’enveloppe »

J’ouvre, toute excitée, et je trouve… Deux places pour la séance de la Palme d’Or, le soir même à 18 heures.

Moi (entre perplexité, stupéfaction et inquiétude) : « Hein ? Mais comment vous avez eu ça ??? »

Flick (super fier) : « En fait ce matin on a envoyé papa faire la queue pour la distribution des places de la Palme d’Or pour les Cannois organisée par la Mairie. Il a eu des places pour demain mais comme on sait que tu travailles le lundi on les a échangées avec les places de sa collègue de travail qui en avait pour ce soir. C’est cool hein ?? Tu vas t’éclater !! »

Mes enfants viennent de m’offrir des places pour aller voir le film turc au titre engageant de Winter Sleep d’une durée de combien déjà ?… Ah…3h 15…

Je cherche fébrilement confirmation dans le Cannes Soleil spécial Festival (on ne sait jamais, sur un malentendu, ça pourrait être 1 h 30… Allez, même 2 heures…) Je feuillette… Ah oui, voilà, page 13…  Ils ont traduit le titre en français (encore plus parlant !) : Sommeil d’hiver : 3 h 15.

C’est ma fête. Je dois donc me préparer, me maquiller, m’habiller et chausser mes fameux talons tortionnaires pour aller voir un film de 3 h 15 qui explique, toujours selon Cannes Soleil, que : « En hiver, la neige recouvre la steppe au fur et à mesure que les rancœurs se ravivent. »

(…)

Non mais c’est ma fête quoi ! J’adore la carafe personnalisée, j’adore le chat qui fait pipi. Ça me va très bien !

Dans un réflexe de survie digne d’un des meilleurs épisodes de Koh Lanta, je tente le tout pour le tout, tout en veillant à ménager la susceptibilité de mes deux loulous :

« Mais que c’est gentiiiiiiil !!! Mes amouuuurs ! Mais vous savez, je suis embêtée, je ne peux pas vous emmener avec moi, il n’y a que deux places et c’est pas vraiment un film pour vous! C’est dommage, j’aurais bien aimé vous emmener au Festival ! Et si je donnais les places à mes potes Chuck et Doinel, ils adorent les films où il se passe des trucs du style : En hiver, la neige recouvre la steppe au fur et à mesure que les rancœurs se ravivent. »

Flick : « Ah mais t’inquiète maman, pendant que tu seras pas là nous aussi on pourra regarder un film dont ils ont parlé à Cannes ! »

Moi (incrédule) : « Ah bon ? Mais quel film ? »

Flick (l’œil qui frise) : « Ben c’est le seul qu’on pouvait télécharger sur l’ordi. Et mon pote Benny m’a dit que j’allais adorer, moi qui kiffe les États-Unis : Ça s’appelle Welcome to New York ! »

(…)

OK. Alors là le Festival, on va dire que c’est fini et bien fini ! Et toi mon p’tit gars, c’est sûr, ça va être ta fête !

 

cadeaux places festi

La Palme dort… à l’année prochaine !

spider« Voilà, c’est fini« , chantait Jean-Louis Aubert. Voilà, c’est fini, chantent ce dimanche tous les festivaliers. La 67e édition du Festival de Cannes a clôt ses portes hier soir, sur l’annonce du palmarès par la présidence Jane Campion et son jury.

Au revoir Palme d’or, Winter Sleep du Turc Nuri Bilge Ceylan, qui en a surpris plus d’un, et que les Cannois vont pouvoir (re)découvrir demain exceptionnellement. Au revoir le benjamin Xavier Dolan, et son épatant Mommy, qui ne repartent qu’avec (excusez du peu) le seul Prix du jury (à égalité avec le doyen Jean-Luc Godard) pour éponger leurs larmes. Au revoir toute cette fête du 7e art, cette célébration de talents (Julianne Moore prix d’interprétation féminine, dans Maps to the Stars). Au revoir, et à l’année prochaine.

Oui, car sitôt cette édition terminée, tous les yeux sont tournés vers la prochaine. Quoi de plus normal, me direz-vous ? Cannes a respiré cinéma pendant dix jours, Cannes retiendra son souffle jusqu’à la prochaine montée des marches.

Et voilà repartis le flot de touristes venus spécialement pour l’occasion, de journalistes spécialisés, de professionnels du cinéma. Tous reprennent la route, les airs, les rails. La Croisette se vide (un peu), la gare prend le relais. Flambant neuf, bien que toujours en travaux, ce pôle d’échanges multimodal nouvelle génération fait déjà son œuvre. Les pas sont pressés, les valises à roulettes suivent, les contrôleurs aiguillent les passagers et les machines à café tournent à plein régime.

Amusé par cette valse de départs dans le hall de gare, je ne me laisse pas bercer trop longtemps. Aujourd’hui nous sommes le dimanche 25 mai, et si ce jour est celui de la fête des mères (j’en profite pour souhaiter sa fête à la plus merveilleuse d’entre toutes – la mienne, qui lira certainement ces lignes : maman, je t’aime), il est également celui des élections européennes. Car s’inscrire sur les listes électorales ne suffit pas, il faut aller glisser un petit papier dans l’isoloir, et une petite enveloppe dans l’urne. Accomplir une nouvelle élection, et assumer un nouveau palmarès, en quelque sorte.

Cette fois, c’est vraiment fini. Avec le sentiment du devoir citoyen accompli, je peux m’en aller chez moi, m’adonner à un passe-temps favori mais jusque-là mis de côté : la sieste. Il faut dire qu’en dix jours de Festival, nous n’avons pas chômé avec mes quatre super-compères !

Comme la Palme, je m’en vais… dormir. A l’année prochaine !

 

Blette comme choux

catwomanCannes, 10ème jour, 6h30 (oui, du matin)
Une heure fantastique en plein festival de Cannes, le chassé-croisé des noctambules qui ne sont pas encore couchés et des travailleurs qui se lèvent, m’offre un spectacle assez impressionnant.
Les balayeuses-arroseuses qui sont là depuis 4h du matin et qui finissent leur première tournée croisent tout naturellement les jeunes femmes à talons compensés. Les cafés ouvrent, certains bars ferment. Il fait déjà un temps radieux sur cette ville qui semble ne jamais se reposer.
Moi, je ne suis ni sur une benne, ni sur des échasses, je fais partie de cette autre catégorie de personnes que l’on croise au petit matin. J’ai moi-même du mal à le reconnaitre mais force est de constater qu’être sur la Croisette, en baskets, en train de faire un footing fait de moi une … sportive.

A force de boire des plantes, de manger des fleurs et de fréquenter les complexes sportifs pour être dans la tendance « healthy » de ce Festival, j’y ai pris goût et j’en redemande.

Bon, le truc c’est que … J’ai faim. J’ai FAIM, j’ai FAIM, j’ai FAIM !
J’ai hâte que le festival se termine uniquement pour pouvoir commander sans vergogne un steak-frites-salade sans la salade.

6h45, j’ai toujours faim. Mon parcours de joggeuse et mon estomac qui gargouille me mènent au Marché Forville.
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Sur un des bancs, je distingue des blettes de toute beauté. Je m’imagine déjà toutes les manières de les cuisiner : Tourte aux blettes, côtes de blettes à la béchamel, gratinées… heu pardon : Bâtonnets glacés à la blette, soupe glacée de blettes à la coriandre, cocktail détox blettes/citron/gingembre…

Bref, je repars avec 2 bouquets de blettes sous le bras. Un pour moi, l’autre pour offrir.

En sortant du marché je me fais interpeller par 2 dames en talons hauts de chez « chut chut, pas de marques »

– “OH MY GOD, look at her… Beautiful ! » me lancent-elles
– « Heu… tinkiou tinkiou but you know, it’s just an old petit tee-shirt de rien du tout in biologic coton »
Bon, j’ai vite compris que les miss Wisconsin 1997 et 1998 étaient en fait en extase devant mes blettes.
– « Oh you’re talking about my blettes ? »
– « How do you say? Belette? »
– « No, Belette is a petit animal. B.L.E.T.T.E.S »

Elles demandent où elles peuvent en trouver. Elles ont une « green party » demain soir et arriver avec des blettes serait du plus bel effet.
Me voilà donc en train de faire marche arrière et de leur faire visiter les bancs des agriculteurs.

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– Vous y êtes, here we are, tous les produits que vous voyez ici sont issus de l’agriculture locale, navets, choux, cebettes… nous avons des agriculteurs à la Siagne, you know La Vallée de la Siagne ? »
Elles se sont mises à devenir hystériques et à pousser des petits cris très très aigus en applaudissant très très vite.
Elles ont commencé à prendre des selfies avec leur bouquet de blettes et se sont entrainées à prononcer « Vallée de la Siagne » pour pouvoir le replacer dans une conversation en soirée.
La Siagne était en train de devenir « the place to be »

La tendance de Festival me fascine. Bon, je vous laisse, j’ai faim.

Le jour où j’ai rencontré deux pros du cinéma (2/2)

spiderAlors que le second week-end du Festival approche, le temps est venu de vous raconter la suite du témoignage d’Emmanuelle Spadacenta et Aurélien Allin, rédacteurs en chef du magazine Cinemateaser. Mais si, souvenez-vous, ces deux charmants journalistes que j’avais rencontré PAR HASARD devant le Palais des festivals !

Emmanuelle et Aurélien ont bien voulu dévoiler pour moi ce à quoi ressemble une journée type de leur périple cannois. Oui, un périple, véritable exercice journalistique qui leur demande énormément de travail, entre visionnage de films et rédactions de critiques en temps réel, média web oblige. « Si on n’avait que le magazine on serait peinard« , me confirme Emmanuelle.

« Levés à 6h, on voit notre premier film au Théâtre Lumière à 8h30, puis on va en salle de presse pour faire la critique. Généralement on prend entre trois-quarts d’heure et une heure par critique« , détaille Emmanuelle.

« Si le film inspire, ça peut être beaucoup moins, jusqu’à une vingtaine de minutes« , renchérit Aurélien, qui connaît Cannes et le Festival depuis tout petit, étant né ici. Une information qu’il m’a permis de vérifier, avec l’aide de l’État civil de la ville

« Après on déjeune très, trop vite, toujours autour du Palais, poursuit Emmanuelle. On repère deux ou trois endroits sympa et on s’y tient pour tout le Festival. Après on assiste à 14h à une autre projection, par exemple de la sélection Un certain regard, puis une autre à 16h, toujours de la sélection officielle ou des sélections parallèles si on a repéré un film qu’on voulait voir, et puis à 18h c’est la projection presse du film projeté le lendemain. »

Résultat : quatre à cinq critiques à écrire par jour, et près de cinquante produites à la fin du Festival. Un rythme effréné et des journées plus que chargées qui représentent malgré tout quelques avantages. « En dix jours, on accumule une somme de travail qu’on lâche pendant toute l’année, explique Emmanuelle. Plusieurs films vus et critiqués ici ne sortiront que bien plus tard, ce qui veut dire qu’on aura en avance tout ce qu’il faut pour le magazine. »

Aurélien avance un exemple : « L’an dernier, avoir vu Inside Llewyn Davis à Cannes nous a permis de faire un dossier dessus le mois de sa sortie, avec couverture et interviews, alors que si on avait attendu la tournée promo de l’équipe du film à Paris, on aurait été hors délai. »

Le travail, c’est très bien, mais bosser autant pendant une courte période laisse des traces. Et quand vient l’heure de « décrocher » et de rentrer à Paris, l’impression de décalage est souvent douloureuse. Exemple avec ce « moment de lose » vécu par nos journalistes quand ils découvrent le palmarès du Festival de Cannes… à Paris, dans leur salon. On imagine que quitter le la Mecque du cinéma, qui plus est dans un contexte ensoleillé et chaleureux (aujourd’hui étant un mauvais exemple, NDLR), pour retourner dans la grisaille parisienne peut avoir quelques reflets frustrants…

Sans compter qu’il faut recharger les batteries, et réapprendre à déguster du cinéma, à petite dose. « Quand on rentre de Cannes on n’a pas vraiment envie de revoir des films, avoue Aurélien. On en a vu beaucoup avant pour être à jour dans les parutions, beaucoup pendant… Après, on regarde la télé », témoigne le Cannois de bon cœur.

« C’est pas du dégoût, mais on en voit trop d’un coup, commente Emmanuelle. On n’est plus apte de juger des films, et ce serait injuste pour ceux qu’on verrait. »

Et pendant le Festival, du coup, ça se gère comment ? « Les conditions sont particulières, la fatigue aidant il arrive qu’on ne trouve pas de juste milieu, estime Aurélien. C’est une critique, un avis pur, qui n’est pourri par rien. Le débat qui pourrait exister ailleurs, avec des amis ou collègues, et qui peut être utile, n’existe pas à Cannes. Il n’y a pas de calcul, pas d’a priori, car on découvre souvent un film sans en avoir rien vu ou su avant. » Pour autant, Aurélien l’affirme : « J’ai écrit mes meilleures critiques ici. »

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L’heure tourne, et vient déjà celle de nous quitter. Mais avant de les laisser regagner leur « calvaire palmé-doré », de remonter quelques marches, je leur demande de me livrer un souvenir du Festival qui les a marqué.

Emmanuelle se souvient, l’an dernier, de l’attitude pendant une interview du réalisateur J. C. Chandor. « Il était très excité parce qu’un orage se préparait. Il allait monter sur un bateau, et il était tout simplement heureux du mauvais temps... » Pas étonnant quand on sait que l’Américain a réalisé l’an dernier All Is Lost, un film qui plongeait un Robert Redford en pleine tempête, et qui aurait bien aimé avoir quelques indications de navigation

Il est également question de météo pour Aurélien, qui se souvient du bienfait qu’avait procuré la projection d’Inside Llewyn Davis sur les journalistes, alors que ceux-ci étaient minés par une pluie incessante. « Il y a eu un changement d’atmosphère dans la salle, en quelques instants. En 2011 avec la projection presse de Drive j’avais ressenti la même émotion. Personne n’en avait rien vu, et il s’était passé vraiment quelque chose devant ce film… »

Des émotions, j’imagine qu’Emmanuelle et Aurélien en ont connu d’autres pendant ces dix jours de Festival. Merci à eux pour leur temps, et pour ces témoignages, qui, je l’espère, vous auront autant intéressés que moi…

 

Il pleut, il mouille, c’est quand même la fête à Cannes !

forwomanHello,

Vous avez remarqué, il y a toujours au moins un jour où il tombe des cordes pendant le Festival de Cannes et c’est aujourd’hui ! Mais pas de panique ! Il tombe aussi des parapluies du ciel. La preuve en images.

Il pleut des parapluies

On dirait que le ciel pleure toutes les larmes de ses nuages car ce soir je dois vous quitter (snif !).  Au moment où j’écris ces lignes, un rayon de soleil semble vouloir me retenir. C’est dingue !! Il revient toujours le soleil à Cannes.

Restez connectés, les autres super-auteurs postent des articles jusqu’à la fin du Festival.

À l’année prochaine 🙂

Looking for Jean-Pierre Léaud

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Cher François Truffaut,

Aujourd’hui Cannes vous aurait rendu heureux. Pas parce que l’on s’est presque battu pour entrer voir le nouveau film de votre plus vieil ennemi intime, Jean-Luc Godard (On est pro-Godard ou pro-Truffaut comme on est pro-Beatles ou pro-Stones. Ou pro-Booba ou pro-Rohff, mais ça le fait moins!). Pas seulement parce que la reine Catherine était là , celle que vous et quelques autres avez sacrée au sommet du cinéma français. Mais surtout parce que le Festival accueille votre Jean-Pierre Léaud, votre fils spirituel, votre Antoine Doinel, le vrai…

J’avais Téchiné, j’avais Dardenné, j’avais mangé, ne restait plus qu’à passer la soirée pour une fois loin des salles. En regardant défiler au Grand Journal les publicités vivantes que sont devenues les vedettes petites ou grandes, le choc de la montée des marches: Jean-Pierre Léaud!

Oh, je ne vous dirai pas tel qu’en lui-même. Même les éternels adolescents vieillissent. Sur son visage, les rides, les chagrins, les années, les absences… Et pourtant, ce regard.. En une seconde, les yeux dans les yeux, reviennent les images : le petit garçon enfin libre qui court sur la plage à la fin des « 400 coups », le jeune homme amoureux (« Fabienne Tabard, Fabienne Tabard ») de » Baisers volés », l’homme adolescent de « Domicile conjugal » et de « L’Amour en fuite », l’Alphonse trop sensible de « La Nuit américaine »..

Avec lui sur les marches montaient tout notre amour du cinéma français dans ce qu’il a de meilleur, tous nos souvenirs.. Demain, dans Cannes, cher François, ma mission, puisque je me la propose et l’accepte, sera d’essayer de  rencontrer Jean-Pierre Léaud, de lui serrer la main et de lui demander des nouvelles des étoiles..

Respectueusement vôtre

 

 

Montée des marches et Cannes glacée

spiderHier, j’ai eu une chance incroyable. Alors que je m’imaginais passer une fin de journée semblable à celle de mon dimanche après-midi sur la Croisette – c’est-à-dire à observer avec des fourmis dans les jambes et des étoiles dans les yeux l’incroyable bande de gros bras d’Expendables 3 arrêter leurs chars (n’est-ce pas Samantha ?), pressé contre des dizaines d’autres Cannois en transe (voire en transpiration) – j’ai monté les marches du Festival.

Pourquoi moi ? Parce que j’ai une amie géniale, et que j’ai obtenu une invitation inespérée. Plus heureux encore que devant Stallone, Swarzenegger, Statham et compagnie, j’ai mesuré l’importance d’avoir la chance d’être Cannois, et de vivre le Festival de Cannes. Pas uniquement parce que j’avais la chance d’accéder au Palais, mais aussi parce que j’avais conscience que cette chance existait.

Avec moi, autour de moi, c’était l’effervescence. Des robes connues, des smokings inconnus ; des visages familiers, des photographes « au taquet ». Il faut dire que j’accédais au célèbre et si convoité tapis rouge en même temps que l’équipe du film Geronimo de Tony Gatlif. Derrière moi, j’ai ensuite entendu un mouvement de foule en provenance de la masse d’escabeaux installée devant les marches. Une célébrité venait vraisemblablement de descendre de son carrosse noir, moteur V8 et vitres teintées. Le temps de me retourner et j’apercevais une grande blonde. Cette belle plante, façonnée par les mains expertes et talentueuses de Dame nature, puis certainement retravaillée par la main de l’homme (un peu comme les œuvres de Land Art exposées sur l’île Sainte-Marguerite), c’était Victoria Silvstedt. Et elle me talonnait.

Je l’ai regardé, elle m’a regardé, un vigile m’a poussé en me demandant de bien vouloir « avancez s’il vous plait ». Bref, j’ai monté les marches.

 

Le film, Deux jours, une nuit des frères Dardenne, m’a plutôt plu. L’expérience d’assister à la projection aux côtés d’invités prestigieux et de l’équipe du film – dont Marion Cotillard, une fois de plus en larmes – et qui plus est dans le magnifique Théâtre Lumière, fut également bluffante, éblouissante, enthousiasmante. Si je n’étais pas moi – ou pas Cannois – je dirais que « j’ai kiffé », tout simplement.

Non content d’avoir joui de moments privilégiés (mais qui, encore une fois, sont accessibles si on se donne les moyens de récupérer des billets… petite pensée pour mon super-collègue Doinel), j’ai remis ça une pincée d’heures plus tard.

Là encore, la chance m’a souri. Alors que je rentrais chez moi par la Croisette, le corps groggy d’avoir été si longtemps compacté dans un costume un poil trop serré, et les pieds douloureux car trop peu habitués à être encastrés dans des petits souliers de cérémonie, voilà qu’on m’alpague. Une âme, blottie dans le corps charmant d’une hôtesse court vêtue, me déblatère quelques mots avant de me tendre un carton de format A5. Me voilà, l’ayant récupérée malgré moi car pris d’un élan de politesse, l’heureux détenteur d’une invitation à une « soirée sur la plage ».

Ni une, ni deux, fidèle à ma réputation de festivalier sobre et sérieux, je refuse. Mais l’hôtesse est déjà repartie, et avec elle toute ma motivation. D’autant qu’entre temps mes yeux se sont perdus sur un drapeau flottant au vent, portant le logo d’une marque de glaces gourmandes bien connue. Sans trop savoir si l’invitation est liée à cette marque, je m’avance vers un groupe de gens qui patientent devant deux, trois agents de sécurité. Rapidement, me laissant porter par le groupe, j’accède à la soirée.

A l’intérieur, il y a des gens qui dansent et font la fête. Et puis sur la gauche, il y a un grand stand qui attire mon attention : une véritable fabrique de délice glacé ! Malgré l’heure tardive, malgré la fraîcheur de la soirée, malgré mes résolutions anti-gourmandises pour 2014… Je décide de me laisser tenter. Hop, hop, en quelques coups de poignet et de bâtonnet en bois, une charmante hôtesse (une de plus !) me crée la glace de mes rêves. Crème vanille, nappage chocolat blanc et pour assaisonner le tout, quelques grains de riz soufflés, des violettes cristallisées et des miettes de biscuit au chocolat noir… Bref, j’ai tiré un trait sur mon costume moulant de Spider-Man.

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Le ventre plein et des étoiles plein la tête, les pointes des pieds endolories mais la fierté au beau fixe, je suis rentré chez moi, tranquillement. Nos rêves s’éveillent tous les jours à Cannes, surtout pendant le Festival.

Demain soir, j’ai La folie des grandeurs

forwomanPendant que certains mâtent du film, d’autres font « bronzette » sur la plage !

Mais vous savez que pendant le Festival de Cannes, il est possible de faire les 2 en même temps ?

Enfin presque ! Je vous donne le plan.

Depuis l’ouverture du Festival, tous les soirs, des films sont projetés gratuitement sur la plage Macé. Oui, GRATUITEMENT j’ai dit ! Je sais c’est bizarre, mais c’est encore possible.

D’après le programme, ce soir, c’est The Warriors, mais perso je ne suis pas du tout thriller. Par contre, demain soir, je prends ma petite laine comme dirait ma grand-mère et je viens regarder la célèbre comédie La folie des grandeurs de Gérard Oury.

Donc FILM + PLAGE = CINÉMA DE LA PLAGE. Je suis désolée pour la BRONZETTE, ce n’est pas encore possible la nuit. Mais c’est très bien comme ça, d’une c’est plus agréable de regarder un film sous les étoiles et de deux ça évite de se retrouver entouré de « mamies momies » comme je les appelle. Elles sont sur la plage 8h par jour et pompent tous le soleil, ce qui leur donne un aspect  « marronné » et fripé. Et comme je vous l’ai dit, je n’aime pas les films qui font frémir.

Ma grand-mère est une  « mamie momie », mais je l’aime quand même 🙂 C’est d’ailleurs avec elle que j’ai rendez-vous demain soir à 21h30, début de la projection.

Bonne séance à tous.

Cinéma de la plage

Arrête ton char, Bruce !

superwoman

Dimanche matin sur la Croisette noire de monde. Forcément, les biceps de Rocky, Terminator, Indiana Jones et autres armes fatales bien tankées ça attire la foule.  L’occasion d’une balade dominicale avec Flick et Fluck, histoire de remplacer leur séance Dragons tombée aux oubliettes par la découverte d’autres spécimens, plus tout frais mais tout aussi bestiaux.

Fluck ne lâche pas l’affaire : « N’empêche que j’avais envie de les voir dans leur palais, les Dragons moi, c’est pas cool ! »

Moi (écrasée de culpabilité) : « Ecoute, maman a même fait une pancarte ! Mais ça n’a pas marché ! » (Je repense à  Doinel, qui lui a dégoté des entrées pour le Tommy Lee Jones ! Il était tellement content qu’il criait inlassablement « Fabienne Tabard, Fabienne Tabard !! » Allez comprendre !!!)

 Fluck  (à qui on ne la fait pas): « Mouais. Du coup on regarde les « mossieurs » avec les gros bras sur le char. Mais on peut pas aller leur parler ? »

 Moi  (pédagogue): « Ben non, ils défilent, c’est tout !  C’est pour nous donner envie d’aller voir leur film ! Ils sont super forts, à eux seuls ils battent tout le monde, on les appelle les Expendables »

 Fluck (relou) : « Mais je veux pas aller voir leur film, moi, c’est un truc de garçons, je veux juste leur parler ! »

 Moi (légèrement, mais alors très légèrement agacée) : « Et moi je te dis qu’on ne peut pas leur parler. Mais où tu vas en courant. ATTENDS !!! »

 Fluck (filant plus vite que l’éclair): « Regaaaaarde mamannn, il y en a un à pied ! Tu vois qu’on peut leur parler : MOnsieuuuuuuuuuur ??? Ohé MOnsieurrrr ? Vous jouez dans le film ?????? »

 Le CRS (un vrai !) : « Qu’est ce que tu veux petite ? Pourquoi tu dis ça ? »

 Fluck : « Ben parce que vous avez les bras aussi gros que les « mossieurs » sur le char ! »

 Moi  (écarlate face à l’uniforme, qui ressemble d’ailleurs plus à Bruce qu’à Willis) : « Fluck, excuse-toi auprès de Bruce, du Monsieur !  »

 Le CRS (flatté, gonflant la poitrine) : « Mais non Madame, mais non, pas de souci.  Héhéhé. Non, je ne joue pas dans le film, mais j’aurais pu, hein ! En fait, je suis un vrai policier. Je veille sur la sécurité des gens. Regarde, petite, nous sommes nombreux ! Il y a beaucoup plus de policiers que d’habitude pendant le Festival, c’est parce qu’il y a beaucoup plus de monde à protéger! »

Rapide regard circulaire de Fluck, qui constate la recrudescence d’uniformes autour d’elle :

« Ah mais oui, il y en a plein comme vous !  Ah ben ça compte pas alors, parce que les Expendables, eux, ils sont super forts  et ils ont pas besoin d’être beaucoup pour dégommer tout le monde, c’est maman qui l’a dit! »

 Moi : (…)

 Le CRS (dépité, son rêve hollywoodien en miettes) : « Euh… Bon. Allez Madame, circulez ! »

Y’a pas à dire, ma chérie, s’il y en a une qui mérite sa place sur ce tank, c’est bien toi !

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